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# 15 juin 2011 bis

Les Cross Video Days, entre médias, transe et transmédia

Pour leur deuxième édition, les Cross Video Days ont réuni les principaux acteurs du transmédia. Au programme : un cycle de conférences et un marché international, nouvel espace de rencontres entre porteurs de projets, producteurs et diffuseurs.

Lancée en 2010 sous le nom de Mobile Vidéo Days, la manifestation a beaucoup évolué en un an. En phase avec la rapidité des mutations, l’édition 2011, qui s'est déroulée en juin au Stade de France, semble avoir trouvé son positionnement en tant que nouveau rendez-vous européen destiné aux professionnels de l’audiovisuel présents sur les nouveaux formats et les nouvelles plateformes vidéo. Quelque 450 diffuseurs et producteurs s'y sont retrouvés pour rencontrer en face à face les 23 lauréats de l’appel à projets lancé en amont de l'événement. "Les retours des participants indiquent que ces rencontres professionnelles ont bien fonctionné, précise Bruno Smadja organisateur pour MobilEvent. A terme, un de nos objectifs est d’ouvrir plus largement ce marché à l’international".

Pas moins de 39 millions de vidéonautes en France, 3 millions de vidéo vues dans le monde chaque jour… Avec la démocratisation de nouvelles technologies (SVOD, Catch-up TV, etc.), le temps de consommation d’images continue d’augmenter à la télévision et sur l’ensemble des supports numériques des différents médias. Les acteurs traditionnels de la télé sont confrontés à une fragmentation de leur audience, migrant vers les nouveaux écrans tandis que de nouveaux acteurs s’emparent avec promptitude de nouvelles opportunités. Entre 40 et 60% du trafic de données sur mobile serait lié à la vidéo, estime ainsi la société Bytemobile, spécialisée dans la gestion du trafic de données pour le compte des opérateurs télécoms.

"Nouveaux écrans, nouvelles images, nouveaux business modèles ?" L’intitulé de la première conférence a donné sur le mode interrogatif le ton général. A l’heure où la consommation conjointe de multiples écrans rentre peu à peu dans les habitudes, le spectateur lambda (ex-ménagère de moins de 50 ans) est-il prêt à devenir "inter-actif" ? Quid de l’avenir de la TV connectée, en passe de transformer notre bon vieux téléviseur en « hub de divertissement du foyer » proposant une pléthore d’applications, à l’image des Smartphones et des tablettes (le tout devenant synchronisable) ?

Contenus liquides

Quel avenir pour la "social TV", accouplement de la TV avec les médias sociaux ? On l’aura compris, la multiplication des écrans et des nouveaux usages pose nombre de questions. "En quelques années, nous sommes passés d’un monde de la rareté à un monde de l’hyper-choix, commente Eric Scherer, directeur de la prospective pour France Télévisions - qui vient de créer un département cross média Web/TV. Aujourd’hui, chaque producteur de contenus cherche à proposer au public une expérience multi-écrans, avec des contenus "liquides", s’écoulant sans friction d’un appareil à un autre, d’une pièce à l’autre de la maison".

Webdocs, webséries, Social Reality Games, feuilleton Twitter… En matière d’écriture numérique, la révolution est en marche. Même si tous les acteurs concernés s’accordent sur le besoin d’élaborer des contenus différents et accrocheurs, auteurs et producteurs peinent encore à financer et à vendre leurs projets transmédia. Avec le tout nouveau soutien automatique aux œuvres créés pour Internet (Web Cosip), mis en place en plus de l’aide sélective aux nouveaux médias déjà existante, le CNC espère doper la création et la production d’œuvres non destinées "à des fins promotionnelles" (exit donc le Brand Content).

Première fiction initiée par Arte pour Facebook, "60 secondes" vient de bénéficier de ce nouveau soutien. Initiative intéressante pour les auteurs et réalisateurs, la société de production HonkyTonk Films, spécialisée depuis 3 ans dans la création de Webdocs, commercialise Klynt, un nouvel outil d’édition et de publication pour les aider à intégrer avec facilité une couche d’hyperliens en plus du son et de l’image. De son côté, le Transmedia Lab (Orange Vallée) présentait un outil web (Player Vidéo Semantics) capable grâce à son moteur sémantique de relier des vidéos entre elles à partir d’une simple recherche textuelle.

Nouvelles expériences

"Applicable au webdocs comme aux jeux, notre player propose à l’internaute des infos enrichies, la possibilité d’une transversalité entre différents corpus d’images et la visualisation de l’arborescence des parcours", résume Nicolas Bry, en charge du Transmedia Lab. En matière de techniques de narration interactives, l’industrie des jeux vidéo a montré le chemin avec brio. "Les jeux vidéo ont piloté la navire de la découverte numérique en proposant au grand public de vivre de nouvelles expériences multi-écrans et multi-joueurs", s’enflamme Bruno Masi, responsable pour Ina Sup de la flière journalisme et jeux vidéo, animateur pour l’occasion de la table ronde consacrée aux jeux vidéo.

Pour créer des univers narratifs non linéaires, certains producteurs transmédia (Transmedia Producer, nouveau métier) intègrent dans leur pool créatif des "games designers". Reste la question délicate et désormais quasi incontournable de l’adaptation des contenus aux contributions des internautes. "Gérés par des Community Managers, ces canaux communautaires deviennent une brique structurant nombre de projets transmédias", constate Bruno Masi.

Cette nouvelle capacité à pouvoir interagir avec l’audience pour scénariser des contenus fait aujourd’hui l’objet de multiples expérimentations en France comme à l’étranger. "Nous sommes actuellement en train de travailler sur un projet de création transmédia communautaire", confie Arnaud Dressen, producteur chez Honkytonk Films. D’autres projets comme "Détective Avenue" (Big Eyes Production), cocktail de série policière et de jeux réalisé par Arnaud Legoff, joue avec réussite la carte de la complémentarité des médias (Facebook, site web, appli iPhone) en les intégrant dès la conception dans le dispositif narratif.

Quel financement ?

Plus modestement, "OZ ton trip" est un projet de web documentaire sur les road trips en Australie, porté par deux jeunes passionnés d’images. Leur objectif ? Suivre la route de différents voyageurs venus des quatre coins du monde totalement investis dans leur expédition. "Chaque semaine, nous réaliserons et diffuserons, via notre site internet, le portrait vidéo d’un "backpacker" aux initiatives originales, expliquent avec enthousiasme Théo Carrere et Thibaut Tavernier, les porteurs de ce projet, encore en recherche de financement à quelques semaines de leur départ. En suivant des histoires toujours différentes, nous voulons montrer comment la manière de voyager transforme la vision d’un pays. Le but est aussi de faire participer l’internaute à l’écriture même du documentaire."

Aie ! Revoilà la question insistante du financement, qui oblige le secteur audiovisuel à réinventer ses modèles économiques. La publicité, le micro-paiement et le crossfounding pourront-ils financer à eux seuls une partie de cette production ? De nouvelles formes de ressources publicitaires vont-elles s’imposer durablement ? "Selon moi, l’émergence d’un business modèle viable et pérenne ne pourra se faire sans l’apport financier des télévisions hertziennes", pronostique Bruno Smadja. Dont acte ! Reste à savoir à quel rythme cette mutation va s’opérer. Rendez-vous aux Cross vidéo Days 2012 pour de nouveaux éléments de réponse.

De notre envoyé spécial, Olivier Sauvy

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En savoir plus

crossvideodays.com
honkytonk.fr
transmedialab.org
detective-avenue.com
fr.ulule.com/oz-ton-trip

 

Ina : formateur et producteur
3D Relief, TV connectée, web documentaire, jeux vidéo… L'Ina évolue au rythme des nouveaux enjeux et des nouvelles écritures pour proposer une nouvelle offre de formation transmédia à une population aujourd’hui élargie. "C’est important d’être présent sur ces journées de réflexion et de rester en veille pour détecter les nouveautés", confie Jean-Claude Mocik, responsable de la filière conception, écriture et réalisation à l’Ina, l'un des partenaires principaux des Cross Video Days.

"C’est également l’occasion de soigner notre image auprès des professionnels et de leur montrer que nous sommes très présents sur ces nouvelles écritures numériques", rajoute Elodie Leleu, responsable marketing et communication.

L’occasion aussi de rappeler qu’en plus de la diffusion de contenus pour la SVOD et la TV connectée, l’Ina a déjà co-produit plusieurs Webdoc à fort contenu historique avec différents partenaires et vient de produire à 100% "Shalom Amigos", un récit retraçant l’odyssée des juifs accueillis par la République Dominicaine en 1938.

Les formations au transmédia sont sur ina-sup.com.