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# 4 avril 2013

Opéra

La Chute de Fukuyama

Créé en mars 2013, l'opéra vidéo de Grégoire Hetzel et Camille de Toledo, "La Chute de Fukuyama" interroge le rôle des images dans nos sociétés. Reportage à la Salle Pleyel, à Paris, alors que les solistes, le choeur et l'orchestre se mettent en place, sous la baguette de Daniel Harding et l'oeil attentif des auteurs.

 

  

Réalisation : Franck Podguszer. Production : Ina © Ina 2013

 

A propos de La Chute de Fukuyama 

L’instant surpris

L’opéra profite du 11 septembre 2001 comme point d’ancrage pour figer le temps dans plusieurs aéroports du monde et croiser les destins de personnalités arrachées à leur quotidien au moment des attaques terroristes. Un étudiant de Hambourg se rend compte que les ravisseurs étaient des connaissances qu’il fréquentait à la mosquée. Une hôtesse de l’air en transit à Istanbul, dont le fils est à Manhattan, tente de trouver un poste de télévision pour contempler le désastre. Une Pythie, qui hante elle aussi les aéroports, s'impose comme la voix de la compassion envers les victimes. Sans oubiler un technicien de surface de l’aéroport de Milan et bien entendu le professeur Fukuyama, bloqué dans une salle d’embarquement et assailli par les journalistes.

L’aéroport est omniprésent dans la création. Il est le dénominateur commun de toutes les histoires. Il est aussi le moyen de faire se rencontrer les six langues chantées par les quatre solistes de l’opéra. «  Je trouvais ça moderne et globalisant d’écrire cet opéra en six langues » confie Grégoire Hetzel, le compositeur. Le multilinguisme n’a pas été une mince affaire durant l’année de travail qui a précédé la représentation. La traduction des textes, le placement des accents toniques et l'élaboration des lignes de chant ont été, selon lui, un « enfer de travail ».

 

Un homme face à l’histoire

Reconnu comme l’un des penseurs les plus influents des années 1990, Francis Fukuyama voit ses théories réduites à néant après les attentats du World Trade Center. Pour Camille de Toledo, les événements du 11 septembre sont « emblématiques d’une bascule dans un tout fictionnel. Au XXe siècle, nous pensions avoir une prise sur l’histoire avec le Communisme et maintenant, que nous reste-t-il à part la suspicion et le sentiment que l’on nous trompe ? ». Francis Fukuyama était l’un des totems de l’Occident triomphant, de la démocratie exportable et de la fin des conflits entre grands blocs.

Grégoire Hetzel, compositeur de l’opéra, a marqué un attachement tout particulier à cette ambivalence de l’orgueil et du regret chez Fukuyama. Le dernier mouvement est d’une rare bestialité. Le Professeur est assiégé par les journalistes dans sa salle d’embarquement, il est acculé. Portées par une dissonance extrême, les cordes se déchaînent, le chœur est une furie et les percussions grondent. Fukuyama, prédicateur de la fin de l’histoire, semble abjurer.

 

Le rôle de l'image

 Les attentats du 11 septembre ont manifestement ébranlé l’hégémonie américaine et la superbe de l’Occident. L’invraisemblance des images filmées et  l’abomination de ces attaques spectaculaires interrogent les dogmatismes devenus caducs. L’horreur en direct devient presque un jeu vidéo, ce que ne manquent pas de montrer les images de synthèse omniprésentes tout au long de l’oeuvre.

«  La virtualité apporte un rapport radicalement neuf à la preuve », précise Camille de Toledo. Le monde, noyé dans un flot d’images constant, n’est-il pas déjà familier de ces images insoutenables ?  Assister à l’horreur des tours qui s’effondrent accompagnées par le vacarme de commentateurs sur les chaînes d’informations en continu est-il bien réel ? Le chaos est total. Le chœur apparaît à des moments transitoires de l’opéra et porte tantôt la bien-pensance, tantôt l’effroi, souffre de tétanie mais demeure toujours une voix paniquée. 

« Les chutes, quelles qu’elles soient, me fascinent », explique Camille de Toledo,  en faisant allusion aux rushes d'actualités qu'il a fouillés. Cet ensemble de moments saisis, parfois dans la légèreté d’un moment banal du quotidien, aboutissent à une chute qui surprend tous les personnages, un moment d’effroi où tout un ordre en place chavire. La Chute de Fukuyama est celle d'une approche du réel.

 

 

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