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# 13 octobre 2011

VISION

Les archivistes du futur

L’avenir de l’archivage audiovisuel numérique a été au cœur d'un séminaire professionnel organisé par l'Ina et Prestocentre, en septembre, à Paris et à Bry-sur-Marne. Revue de détail des enjeux partagés par une communauté internationale.

Répondre à la diversification des demandes d’images et de sons de qualité pour tout type de réception (de l’écran télé au téléphone portable), gérer de grandes masses de contenus numériques, enrichir les descriptions de ces contenus pour proposer des navigations intuitives, inventer de nouvelles modalités de consultation et proposer des usages adaptés aux nouveaux médias… En ce début de siècle, les archivistes audiovisuels font face à de très nombreux défis. Avec un nouveau problème de taille : une fois la migration de l’analogique vers le numérique effectuée, comment assurer de manière pérenne la préservation des contenus numérisés et faire les bons choix de formats et de supports pour les conserver ?

Pour en débattre et échanger leurs expériences, l’Ina a accueilli en septembre une vingtaine de représentants des archives audiovisuelles européennes ainsi que des industriels et des prestataires techniques du secteur. Une occasion de faire le point sur les outils et les technologies disponibles pour la conservation numérique et de réfléchir ensemble sur les stratégies et les planifications dynamiques à mettre en place.


Nouveaux défis


OAIS (Open Archive Information System), workflow, architecture de stockage de masse, formats, encodage, compression, métadonnées de préservation, contrôle qualité, gestion des risques et des droits, descriptions de contenus, partenariats, mécanismes de soutien… Cet inventaire non exhaustif montre les multiples facettes des problématiques de plus en plus complexe rencontrées par les archivistes contemporains. Directeur du département recherche de l’Ina et coordinateur du séminaire, Daniel Teruggi (ci-dessous) a profité de cette tribune pour encourager vivement la création d'un espace culturel numérique européen, en insistant sur la nécessité de partager les résultats de recherche avec l’ensemble de la communauté des archivistes.

Daniel Teruggi

Il a également rappelé combien les programmes de recherche européens avaient contribué aux progrès réalisés en matière de préservation et de numérisation des archives audiovisuelles. L’exemple d’Europeana, la bibliothèque numérique européenne lancée en novembre 2008 par la Commission européenne - qui compte 15 millions d'objets numériques en 2011 - témoigne de cette spectaculaire accélération de l’histoire.

« Dans un processus de migration régulière, nous devons adapter sans cesse nos supports de stockage aux nouvelles technologies de captation et de diffusion des images, rappelle Richard Wright (BBC), un des intervenants du séminaire. Aujourd’hui, le volume toujours croissant et de plus en plus complexe de données à traiter constitue d’évidence un de nos plus grands défis. » Avec des données toujours lourdes à stocker, les nouvelles technologies de diffusion (3D, ultra HD TV, etc.) posent d'importants problèmes de compression/décompression. S’appuyant sur ses propres recherches, la BBC recommande d’adopter sans tarder un format commun pour cette nouvelle génération de programmes.


Imaginer une approche humaniste des contenus


Archivage, indexation, fouille et enrichissement des données, éditorialisation des contenus…
A l’heure du web et des réseaux sociaux, comment mettre à disposition les contenus culturels numérisées au service de la connaissance ? Gardiens de la mémoire du futur, les archivistes numérique vont devoir répondre à cette question éthique et sociétale. Signe des temps, la BBC s’est déjà dotée d’un responsable des contenus chargé de réfléchir à l’utilisation intelligente des archives.

« Avec l’Ina, je milite pour promouvoir une approche humaniste des contenus, a insisté Matteo Treleani (Ina), auteur d’une thèse sur le sujet. La numérisation a provoqué une séparation entre le contenu et le support. Or, pour faire sens, un document a besoin d’être contextualisé par ses référents culturels avant d’être proposé à la consultation. Et pour garder cette intelligibilité, les archivistes doivent identifier et indexer les clefs de compréhension des archives afin de prévenir tout risques de manipulation volontaire ou involontaire. Je ne pense pas que cette opération puisse être effectuée automatiquement par des ordinateurs »

Prestocentre

En écho, Peter B. Kaufman (Intelligent Télévision) a conclu le séminaire en montrant des exemples innovants de programmes multimédias enrichis par des archives audiovisuelles portant sur l'histoire, la politique et la littérature. Selon lui, il faut « sortir des cadres de référence habituels pour imaginer des usages intelligents et créatifs avec les grands acteurs du web comme avec les réseaux de télévision, les universités et les laboratoires de recherche ». Donner du sens, faciliter la découverte… Les nouveaux archivistes retrouveront là les nobles taches de leurs illustres aînés. Le prochain « Workshop » Prestocentre devrait avoir lieu dès novembre au siège de la RAI à Turin. Au programme : tests de nouveaux outils d’évaluation de contenus et de stockage.

De notre envoyé spécial, Olivier Sauvy

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L’Europe des archives
Après les programmes de recherche Presto (1999-2002) et PrestoSPACE (2004-2008), soutenus par la Commission européenne, dont l'objectif était de développer une approche industrielle rationnelle et économique pour migrer leurs fonds audiovisuels vers le numérique, les archivistes s’intéressent maintenant à la conservation pérenne de leurs archives numériques mais aussi à leur accès et à leur exploitation.

C’est l’un des objectifs essentiels du nouveau programme PrestoPRIME, qui vise à rechercher et à développer les solutions pratiques pour la conservation à long terme et à améliorer l'accès en intégrant ces collections avec les bibliothèques numériques en ligne.

Grâce à la création d'un Centre de compétences (PrestoCENTRE), lieu d’information et d’échanges implanté aux Pays-Bas, PrestoPRIME produira un cadre complet pour la conservation du patrimoine audiovisuel numérique, intégrant une gamme d'outils et de services. Un système de gestion des droits utilisant des techniques de traçabilité des contenus permettra de détecter et de suivre le contenu à toutes les étapes de son cycle de vie, dans divers contextes d'utilisation.

Le Centre de compétences se positionnera comme élément structurant pour les archives audiovisuelles européennes, en fournissant des modèles économiques, des références de services et un guide de bonnes pratiques.

En savoir plus

europeana.eu/portal
digibic.eu
filmandsoundthinktank.jisc.ac.uk
www.intelligenttelevision.com

 

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